Timeo Danaos…
« Ils ne mourraient pas
tous, mais tous étaient frappés »
Jean de La Fontaine
Les
animaux malades de la peste
Pas
si lentement que cela mais en tout cas sûrement, inexorablement, la
pièce en trois actes que nous avons décrite dans notre billet Les
marches d’Odessa le 6 août dernier est en
train de se jouer sous nos yeux.
L’hypothèse de la
faillite d’un État occidental qui, évoquée il y a 6 mois ou
un an (voir par exemple notre billet 2050 :
l’odyssée du servage en octobre 2010), ne
suscitait alors que sourires condescendants et quolibets, est
aujourd’hui une quasi-certitude : la Grèce va jeter l’éponge,
avant d’être mise sous tutelle par un « machin »,
comme eût dit de Gaulle, où les banquiers exerceront le
véritable pouvoir. Ce pays se trouve actuellement à la
charnière de l’acte 1 et de l’acte 2 de notre scénario.
Anticipons un peu l’acte 3, celui de la négociation : dans
quelles conditions va-t-elle se dérouler ? Qu’en
sortira-t-il ?
Derrière les communiqués officiels
apaisants, rassurants, lénifiants, il ne sera pas bien difficile de
connaître la réalité des décisions prises en coulisses: plus
le cours de bourse des banques montera, plus les Grecs seront
saignés comme des gorets, plus la Grèce ne sera qu’une
« entité » (car pourra-t-on encore parler d’État,
en l’absence d’une véritable souveraineté ?) dirigée
de facto par un lobby financier. Les
cotations boursières ont remplacé le marc de café…
Dans
ce même billet 2050…
cité plus haut, nous soulignions déjà l’intention du lobby
bancaire de « faire un exemple », de « se
payer » un État pour que les autres filent droit ou subissent
le même sort : c’est exactement ce qui est en train
d’arriver.
Timeo Danaos et dona ferentes… je
crains les Grecs, même s’ils font des cadeaux, écrivait Virgile
en faisant référence au cheval de Troie. La roue de l’histoire a
tourné et ce cadeau empoisonné que les infortunés Grecs ont reçu
à leur tour, pourrait bien comporter, comme les poupées-gigogne,
une deuxième dose de venin, à notre attention cette fois.
Dix ans de sarkozysme ?
Dans ce
contexte de « crise », Sarkozy est à l’aise comme un
poisson dans l’eau. En effet, quand la panique savamment
préparée gagne la majorité de la population (voir Jouer
avec le feu), peu importe ce que l’on a fait ou
dit la veille ou l’avant-veille, peu importe que l’on se
contredise, peu importe que l’on soit à l’origine des malheurs
que l’on prétend ensuite résoudre : le tout est, au
bon moment, de donner le change, d’apparaître comme le capitaine
qui tient fermement la barre, bref de donner l’illusion que,
dans ce type de circonstances, on est l’homme de la situation.
Attendez-vous donc à ce que le service communication de
l’Élysée fasse tout pour nous donner, dans les prochaines
semaines et les prochains mois, une image « churchillienne »
du Prince-Président qui nous gouverne, sur le thème « Moi,
Sarkozy, je suis le seul à pouvoir préserver la France et les
Français d’un désastre à la grecque. » Un peu comme Pétain
en 1940, Sarkozy, dans un registre qu’il affectionne
particulièrement car flattant sa nature profonde de « Super
Narcisse » (voir le billet de P. Ranjard Culture
narcissique et politique), souhaitera
apparaître comme le Sauveur Suprême, père de la Règle d’Or,
parangon de courage et de dévouement…
Bien évidemment,
la réalité est tout autre : quand on a commencé son
règne en triplant son salaire et en privant l’État de plusieurs
milliards de recettes, conséquence de la multiplication des cadeaux
et avantages fiscaux issus de la loi TEPA (été 2007), on devrait
être chassé du trône à coups de pied dans le derrière… mais
un peuple qui a peur a la mémoire courte et, quand le bateau
coule ou menace de couler, il est prêt à se raccrocher à la
première planche pourrie qui surnage.
Dans cette
entreprise d’hypnotisation collective (qui s’apparente au
« aie confiance… » de Kaa dans Le
livre de la jungle), préparez-vous à voir les
sondages évoluer en faveur du Prince-Président. Donné
aujourd’hui battu dans toutes les estimations par un score du type
55-57/45-43, on va le voir – avec l’aide de ses thuriféraires,
patrons des instituts de sondages, éditorialistes du Figaro
ou présentateurs de TF1 – remonter peu à peu dans les intentions
de vote et endosser un rôle que les Français affectionnent
particulièrement : celui du « donné perdant » qui
s’accroche envers et contre tous pour rattraper le leader et
finalement le battre sur le fil.
Pour boucler la boucle,
après avoir placé au début de ce billet une citation de La
Fontaine extraite des Animaux malades de la peste afin
d’illustrer la situation actuelle des États-nations, concluons en
vous conseillant la lecture d’une autre fable de La Fontaine, Les
grenouilles qui demandent un roi, qui pourrait
tout aussi bien illustrer notre situation au soir du 6 mai
2012…
Lundi
© La Lettre du Lundi 2012