par
Françoise Sagan
Publié par :
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Les articles publiés dans ce Carnet proviennent notamment des journaux suivants : Égoïste, Vogue, L’Express, L’Humanité, Elle, Senso
© Éditions de L’Herne, 2008
22, rue Mazarine 75006 Paris
TABLE DES MATIÈRES
Maisons
louées
Cajarc
au ralenti
Je
découvre Jérusalem et Bethléem
Cuba
Françoise
Sagan au Népal
La
nature
La
vie de province
L’ennui
selon Fellini
Le
cheval
Le
lit
MAISONS LOUÉES
De tes maisons louées tu t’en vas d’un air fier :
Tu te crois regrettée en partant la première ;
Dans ces maisons louées, tu laisses derrière toi
Deux, trois ans de ta vie et un peu de ta voix.
Tu en as tant quitté et laissé à l’arrière
De ces maisons louées devenues familières,
Et des chambres d’amour, et des lits partagés... ;
Dans tes maisons louées s’achevait ton enfance
Et s’usaient des bagages que tu ne fais pas mieux.
Tu n’auras rien pris là dans tes maisons qui passent,
Tu aimais la fenêtre, le lit, l’étagère
et ce tableau pensif qui te semblait à toi
mais qui dans ta valise ne te reverra pas :
il est à ses cloisons, il est à sa maison,
comme ton chat qui tremble sur ta valise ouverte.
Le soleil, dans ce coin, avait un drôle d’air, et
la pluie sur la vitre, à l’automne,
faisait un drôle de bruit : tu ne reverras plus
ce soleil. Étrangère (que tu es à toi-même devenue)
et tu n’entendras plus ce doux bruit de gouttière
ni ce rythme précis : « Tu ne reviendras plus... »
Ne le dis pas fort, dis-le entre tes dents,
mais sache-le quand même : « cette fois est la dernière
que tu descends cette marche – qui est la même
qu’elle était avant-hier – Et qu’elle sera demain
sous un pied qui sera un autre que le tien.
Adieu maison, adieu cloisons, adieu murs familiers,
Adieu portes ouvertes sur mon corps refermées,
Adieu. Rappelle-toi... ce bonheur fou furieux
là... D’ici, l’autre est parti ; et là, tu as gémi ;
là-bas, un peu plus loin, tu as ri d’un troisième :
tu t’es même juré de réfréner ta vie.
Adieu le rideau effrangé à l’aurore,
et le parquet qui glisse, et le disque rayé,
et le coin de la chambre que le chat saccageait.
Tu ne croiras jamais cette personne-là
qui veut rester partout et ne quitter jamais
ni les ports provisoires, ni les maisons louées,
cette femme bizarre, enfantine et ratée,
et qui te suit partout et te fait des reproches
mais devant qui, quand même, tu te sens un peu gauche ;
comme si en bafouillant et se prenant les pieds,
et en se cramponnant à tes maisons louées,
elle te re-répétait un air qui est le sien : celle,
Celle que de bail en bail, de quartier en quartier,