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Maisons louées


par


Françoise Sagan





Publié par :


L’Herne

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Les articles publiés dans ce Carnet proviennent notamment des journaux suivants : Égoïste, Vogue, L’Express, L’Humanité, Elle, Senso

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TABLE DES MATIÈRES




Maisons louées
Cajarc au ralenti
Je découvre Jérusalem et Bethléem
Cuba
Françoise Sagan au Népal
La nature
La vie de province
L’ennui selon Fellini
Le cheval
Le lit



MAISONS LOUÉES



De tes maisons louées tu t’en vas d’un air fier :

Tu te crois regrettée en partant la première ;

Dans ces maisons louées, tu laisses derrière toi

Deux, trois ans de ta vie et un peu de ta voix.

Tu en as tant quitté et laissé à l’arrière

De ces maisons louées devenues familières,

Et des chambres d’amour, et des lits partagés... ;

Dans tes maisons louées s’achevait ton enfance

Et s’usaient des bagages que tu ne fais pas mieux.

Tu n’auras rien pris là dans tes maisons qui passent,

Tu aimais la fenêtre, le lit, l’étagère

et ce tableau pensif qui te semblait à toi

mais qui dans ta valise ne te reverra pas :

il est à ses cloisons, il est à sa maison,

comme ton chat qui tremble sur ta valise ouverte.

Le soleil, dans ce coin, avait un drôle d’air, et

la pluie sur la vitre, à l’automne,

faisait un drôle de bruit : tu ne reverras plus

ce soleil. Étrangère (que tu es à toi-même devenue)

et tu n’entendras plus ce doux bruit de gouttière

ni ce rythme précis : « Tu ne reviendras plus... »

Ne le dis pas fort, dis-le entre tes dents,

mais sache-le quand même : « cette fois est la dernière

que tu descends cette marche – qui est la même

qu’elle était avant-hier – Et qu’elle sera demain

sous un pied qui sera un autre que le tien.

Adieu maison, adieu cloisons, adieu murs familiers,

Adieu portes ouvertes sur mon corps refermées,

Adieu. Rappelle-toi... ce bonheur fou furieux

là... D’ici, l’autre est parti ; et là, tu as gémi ;

là-bas, un peu plus loin, tu as ri d’un troisième :

tu t’es même juré de réfréner ta vie.

Adieu le rideau effrangé à l’aurore,

et le parquet qui glisse, et le disque rayé,

et le coin de la chambre que le chat saccageait.

Tu ne croiras jamais cette personne-là

qui veut rester partout et ne quitter jamais

ni les ports provisoires, ni les maisons louées,

cette femme bizarre, enfantine et ratée,

et qui te suit partout et te fait des reproches

mais devant qui, quand même, tu te sens un peu gauche ;

comme si en bafouillant et se prenant les pieds,

et en se cramponnant à tes maisons louées,

elle te re-répétait un air qui est le sien : celle,

Celle que de bail en bail, de quartier en quartier,


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