Excerpt for Un Lit, Seuil des Temps! by Suzy Stewart Dubot, available in its entirety at Smashwords

Suzy Stewart Dubot

Un Lit, Seuil des Temps

Ce livre est dédié avec amour à mon père


Russell Lowell Stewart


par son unique fille


Un Lit, Seuil des Temps !


copyright©2012 par Suzy Stewart Dubot

Publié par Suzy Stewart Dubot sur Smashwords

Traduit de l’anglais par Prisca Estievenart et Eloïse Dubot

Titre original: Bed Times


ISBN: 978-1-4661-2721-0


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Chapitre 1


Londres, Angleterre


Elle avait eu du mal à oublier les six ans passés avec Nicky. Elle n’était pas fière, et savait qu’il fallait faire des concessions pour ne pas échouer, mais elle avait servi de paillasson pendant trop longtemps. Pendant des années elle avait négligé les critiques blessantes ; elle avait essuyé ses larmes en secret et continué à tout faire pour lui plaire- parce qu’elle l’aimait. C’était aussi simple que cela.

Pourtant le temps était venu de remettre en question leur relation, après une remarque injustifiée, qui l’avait rabaissée devant ses amis. Ça lui avait pris cinq ans, à jouer les seconds rôles, à passer après les beuveries entre copains, les heures de bricolage sur sa voiture, ou de tennis à son club, avant d’ouvrir enfin les yeux. Elle n’était pour lui qu’une commodité. Il l’aimait sûrement beaucoup (sauf quand elle le battait aux échecs) car elle flattait son ego. Bien sûr qu’il n’était que trop content qu’elle fasse les courses, la cuisine, qu’elle lave les vêtements, et fasse tout le rangement ET, bien entendu, comme elle était aussi sa compagne au lit, «à portée de main» quand l’envie lui en prenait, elle était la cerise sur le gâteau! Mais il l’avait tellement usée que même l’amour qu’elle éprouvait pour lui n’existait plus. La conférence annuelle lui avait paru l’occasion idéale pour agir.

Nicky partait en général le samedi matin pour revenir le dimanche soir, mais les organisateurs avaient décidé que la réunion aurait lieu en Ecosse, ce qui signifiait une nuit de train jusqu’à Inverness. Elle l’avait vu partir au travail vendredi avec ses bagages, et cela lui avait laissé du temps pour réfléchir. Toute la journée, elle avait pensé le quitter, tout en enregistrant les livres sortant et rentrant à la bibliothèque.

Dans l’après-midi, elle avait recouvert des livres de film transparent, et si on lui avait demandé combien elle en avait fait, elle aurait été bien incapable de répondre, tellement ses gestes avaient été automatiques pendant que son esprit vagabondait. C’était comme si elle jouait avec l’idée pour voir si ça valait la peine de passer à l’acte. Ce qui l’excitait vraiment, c’était d’imaginer la réaction de Nicky quand il rentrerait dans un appartement vide et réaliserait tout ce qu’il avait perdu. Elle se sentait à présent si remplie d’amertume qu’elle pourrait le laisser sans explication ni adresse où la joindre. Qu’il rumine en imaginant qu’elle avait trouvé quelqu’un d’autre.

Bien sûr, il finirait par deviner qu’elle était allée chez sa mère à Battersea, mais ce ne serait qu’une escale de quelques mois avant qu’elle ne s’installe chez elle quelque part. Sa mère vivait en Espagne la plupart du temps et ne se soucierait pas du temps qu’elle resterait, ce qui était un soulagement quand on pensait à toutes ces femmes en cavale qui n’avaient pas un tel choix.


Elle avait peut-être été un paillasson, mais avait su tenir bon sur un point: elle avait refusé de lui payer un loyer. Il avait voulu qu’elle emménage chez lui, et avait visiblement réalisé qu’elle en valait la peine, puisqu’il n’avait plus jamais abordé le sujet. Au moins il n’était pas radin.

La plupart de son salaire avait été placé sur un compte d’épargne pendant que l’argent qu’elle gagnait à faire des costumes historiques lui servait largement pour ses autres besoins.

Elle avait vécu et respiré dans son univers à lui, entourée de ses possessions. Finalement, elle n’aurait à déménager que ses vêtements et sa machine à coudre. Rien d’autre dans cet appartement n’était à elle, du moins rien auquel elle tenait. Il pouvait garder son mug de chez Marks & Spencer, où figurait le chat satisfait, au sourire mielleux. Ça avait été un cadeau de Noël sans imagination, qu’il lui avait probablement acheté au dernier moment: un second cadeau pour accompagner la tenue «sexy» dans laquelle il l’imaginait. Et verte, par-dessus le marché!

S’attendait-elle à ce que Nicky la contacte et lui demande de revenir? Le ferait-elle, si l’occasion se présentait? La réponse à la première question était «NON», donc ça éliminait la seconde. Il se pourrait qu’il l’appelle, mais il était trop macho pour le lui demander, ou même seulement pour admettre qu’il souhaitait son retour. Cette dernière pensée fut celle qui la décida. A quoi rimait de désirer quelqu’un qui ne se donnait même pas la peine de demander? A vingt-cinq ans, elle pouvait faire la connaissance de gens nouveaux et sans attaches, et elle conclut que c’était ce qu’elle voulait.

Vendredi soir, pendant que le train circulait plein Nord jusqu’en Ecosse, Rose était au lit et préparait mentalement ses bagages. Ca remplirait une valise et deux sacs. Ce n’était plus la peine de retarder son départ, maintenant qu’elle l’avait décidé. Elle serait partie demain, à la mi-journée. Que dirait son petit mot pour Nicky? Après avoir pensé à toutes les excuses clichées, la réponse lui vint à l’esprit alors qu’elle s’endormait: «au-revoir».


*****


Elle avait eu l’intense satisfaction de voir le numéro de téléphone de Nicky s’afficher sur l’appareil de sa mère un bon nombre de fois, mais après avoir ignoré le premier appel, elle avait décidé qu’elle ne répondrait à aucun autre non plus Qu’il devine. Elle avait dépassé la période «paillasson», (sa période bleue), et grâce au théâtre pour lequel elle réalisait des costumes, elle s’était déjà fait de nouveaux amis.

Cela faisait bien plus d’un mois depuis son départ lorsque Nicky débarqua à la bibliothèque, le soir de nocturne, juste avant la fermeture. Elle était restée sidérée à son arrivée, craignant une scène. Il s’était montré furieux, lui reprochant sa conduite inconsidérée lorsqu’elle l’avait quitté sans un mot. Pourtant, elle l’avait laissé son «au-revoir». Les autres bibliothécaires connaissaient sa situation depuis quelque temps et avaient approuvé sa décision de partir. Quand il commença à se laisser emporter par ses accusations, disant qu’elle était ingrate, puis suggérant qu’elle n’était qu’une catin, (visiblement il avait imaginé qu’elle était partie avec un autre), ses collègues qui avaient suivi l’échange avec attention, commencèrent à le huer. Le dernier trainard empruntant des livres, qui jusque là attendait avec un sourire niais, ajouta sa huée lorsque Nicky avait fait une remarque personnelle sur les rondeurs de Rose. Avec toute la bibliothèque contre lui, Nicky avait immédiatement fait machine arrière. Rose le mit dehors, en exprimant sa surprise qu’il ne l’avait pas accusée d’être lesbienne. Elle rajouta en plus qu’il était ennuyeux et un lamentable joueur d’échecs!

Cela lui avait fait le plus grand bien de refermer ce chapitre et de savoir que tant d’autres attendaient d’être ouverts…


Chapitre 2


Le temps qu’elle découvre ce qu’elle cherchait inconsciemment, il lui avait fallu pratiquement une année. Cela avait été une année faste, car elle avait reçu de l’argent grâce à la vente de la propriété de sa grand-mère dans le Cambridgeshire. En outre, sa mère lui avait dit qu’elle mettait sa maison de Battersea en vente. Sa sœur et elle allaient en tirer quelques bénéfices aussi.

Sa mère était arrivée à la conclusion qu’un modeste appartement à Londres lui suffirait lorsqu’elle voudrait fuir l’Espagne chaude et poussiéreuse et peut-être les attentions ardentes des Espagnols. Une énorme maison Victorienne à Battersea demandait trop d’attention, et elle ne voulait pas s’embêter à la louer et se retrouver sans pied-à-terre en cas de besoin. Elle se contenterait d’acheter un studio quelque part à Londres. Tout ce qu’elle voulait, c’était de se trouver à proximité de la ligne de métro Piccadilly avec un accès facile d’Heathrow et du centre de Londres.

Rose s’émerveillait parfois de la façon dont les choses se mettaient en place. L’argent perçu lui avait donné une nouvelle perspective dans sa recherche de la charmante propriété qui n’attendait qu’elle, et ça avait marché: elle s’était laissée détourner de ses plans de départ par un agent immobilier qui l’avait entrainée plus au nord, en lui disant que si elle avait eu l’argent, elle aurait acheté la maison elle-même. Aucun discours du style «opportunité à ne pas manquer», ou «achat exceptionnel»… mais juste un honnête «j’aimerais bien que cela soit à moi». Et Rose aussi l’avait désirée, mais elle, elle disposait des fonds, contrairement à l’agent immobilier.

C’était un petit cottage Georgien, en terrasse. Son petit jardin, devant, se prolongeait à l’arrière, à l’abri d’un mur de briques. L’intérieur était basé sur le principe de «deux pièces en haut et deux en bas», mais une cuisine avait été rajoutée à l’arrière, avec vue sur le jardin, et la salle de bains avait été construite au-dessus. C’était parfait pour ses besoins, et lorsqu’elle avait regardé la jeune femme qui lui faisait visiter la propriété, elle n’avait pas eu besoin de parler. Elles étaient retournées au bureau pour entamer les démarches, qui aboutiraient après le rapport de l’expert. Le jour où elle avait eu les clefs en mains, elle avait pleuré de joie à l’idée d’être sa propriétaire. Maintenant allait commencer la tâche agréable de remplir la maison de meubles anciens qu’elle n’achèterait que s’ils y avaient leur place. Même si ça devait lui prendre dix ans, au moins ce seraient des meubles auxquels elle tiendrait. Comment était-il possible qu’elle ait le sentiment de «rentrer à la maison»? Son amour pour l’histoire et la confection de costumes avaient peut-être été le facteur déclenchant de cette passion dévorante pour le cottage car, à présent, tout son temps libre et son énergie étaient investis dans sa maison.

Elle avait pendu la crémaillère une fois qu’elle avait meublé la salle à manger d’une table et de chaises. Bien entendu, il avait fallu s’habiller en costume «Régence». Le succès avait été énorme, car, pour ses amis du monde du théâtre, jouer un rôle était une seconde nature. Sa sœur Andrea et son ami avaient fait un effort et avaient été impressionnés par le résultat; ils n’avaient jamais imaginé que se déguiser pouvait sembler si proche de la vie réelle.

Une fois tout le monde parti et le rangement effectué, Rose s’était hâtée de voir la récompense spéciale qu’elle s’était réservée – une nouvelle acquisition, un lit ancien qu’elle avait fini de monter le matin même. Une fois couchée, elle s’était enveloppée dans ce cocon solide, alors que son esprit continuait à voir ses invités comme s’ils étaient sortis d’un roman de Jane Austen.

Elle était au comble du bonheur en sombrant dans un sommeil paisible.

Elle se réveilla en hurlant en sentant une main sur sa jambe, et se débattit pour éloigner la chose. Heureusement, par un coup de chance, elle se retrouva debout près de son lit, bien éveillée et sur la défensive. Le clair de lune baignait sa chambre de lumière. Elle vit qu’il n’y avait personne, même pas un oreiller à l’air suspect!

Elle alluma sa lampe de chevet pour chasser cette étrange impression. Il était impossible qu’elle ait rêvé ce contact physique. Il s’était agi d’une solide prise sur sa cuisse, alors que des sensations en état de rêve ne laissaient que des souvenirs éphémères. Elle regarda sa jambe de près, là où elle ressentait un picotement, mais ne vit rien. Elle jeta un coup d’œil à la porte de sa chambre, et fut rassurée de voir que rien n’avait pu s’en échapper. Aussi se mit-elle candidement à quatre pattes pour regarder sous le lit. Bien entendu, il n’y avait rien non plus. Il y avait à peine de quoi passer un chiffon, donc sûrement pas un corps…

La pendule sur la cheminée marquait quatre heures du matin; il n’y avait rien d’autre à faire que de se recoucher. Elle mit du temps à se rendormir, car elle était convaincue qu’elle entendait respirer…


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